Libreville, le |




A cœur ouvert

Yannick Aubyang : « Le Gabon est depuis une décennie parmi les 10 meilleures nations africaines de handball »

Yannick Aubyang : « Le Gabon est depuis une décennie parmi les 10 meilleures nations africaines de handball » © 2021 D.R./GabonSoir

Le capitaine des Panthères du Gabon de handball, Yannick Aubyang, s’est confié à la rédaction de Sport241 depuis Dubai (Emirats arabes unis) où il évolue depuis près de 3 ans. L’ancien sociétaire du CMS, donne son avis sur l’actualité sportive au Gabon, sur la prochaine CAN 2022 au Maroc. Il revient aussi sa carrière, ses initiatives et les projets en cours.

Sport241 : À quelques mois de la CAN, comment abordez-vous la compétition individuellement ?

Yannick Aubyang : C’est toujours un réel plaisir de parler de ma discipline et de l’actualité sportive du pays notamment la prochaine CAN. Surtout, après que le ministre des Sports Franck Nguema vient de nous situer en confirmant la 8ème participation à la 25e édition du Championnat d’Afrique des nations (CAN). À titre de rappel, nous avons obtenu notre qualification sur le terrain et ce devant notre ministre de tutelle venu lui-même à Tunis en 2020. Permettez-moi d’ouvrir une parenthèse : le handball n’ayant pas de système de qualification, mais plutôt de ranking des fédérations. Le Gabon est depuis une décennie parmi les 10 meilleures nations africaines et surtout quarts de finaliste des 2 dernières CAN seniors.

Et avec modestie, les Panthères du Gabon version handball est l’équipe nationale gabonaise de sport collectif la mieux classée au niveau continental. Donc je crois que nous méritons d’être à ce rendez-vous de la crème handballistique continentale. À ce titre, nous avons reçu des pré-convocations de la part de la fédération gabonaise de handball (Fégahand) et attendons la suite des événements.

Donc pour revenir proprement dit à votre question, comme tous les autres internationaux professionnels, nous sommes en pleine compétition et focus dans nos championnats respectifs. Et si les choses se passent bon train, il y a la trêve internationale de mi-décembre qui arrive pour préparer les différentes équipes nationales aux compétitions continentales (CAN, Coupe Europe, Coupe Asie) où nous espérions rejoindre notre sélection nationale afin de préparer sereinement notre CAN de janvier.

En tant que capitaine, avez-vous les nouvelles de vos coéquipiers de la tanière ?

Yannick Aubyang : Bien sûr que j’ai des nouvelles. Personnellement que ce soient les joueurs professionnels, les binationaux ou même mes jeunes frères restés au pays, nous nous écrivons pour prendre des nouvelles des uns et des autres surtout ceux restés au pays, mais aussi de l’évolution du handball local. J’ai un contact permanent de par mon capitanat avec Rufin Essono avec les dirigeants fédéraux.

Mais à vrai dire, après l’aventure merveilleuse que nous avons vécu tous ensemble au Gabon, nous avons gardés continuellement le contact selon nos sensibilités, et plus professionnellement au travers des groupes sur des plateformes sociales ouvertes pendant la CAN 2018.

Après la confirmation de votre participation par le ministre lui-même ce 24 novembre et qualifié sur le terrain lors de la précédente CAN d’ailleurs que vous avez raté de justesse une qualification historique au Mondial. Quelles sont vos ambitions personnelles et du groupe sur cette édition 2022 ?

Yannick Aubyang : Bien qu’on aurait souhaité être rassurés plus tôt et éviter tous ces débats médiatiques autour de notre participation en pensant sereinement à la compétition future. C’est vrai, on est déjà un peu habitué à cette façon de faire. À part la CAN 2018 à Libreville il y a deux ans, avant nous étions surs de notre participation et des différents stages qu’on devrait avoir. Le plus important est que maintenant le patron du Sport a donné le top. Il revient à la fédération de mettre la machine en marche, car il ne reste plus assez de temps.

Tout est encore rattrapable du fait que nous sommes un groupe homogène existant depuis 2018 et des joueurs à l’étranger en activité. Nous avons à cœur de réaliser quelque chose de grand avec la sélection. Et nous savons que nous ne sommes pas loin de le faire. Nous avons raté de peu la qualification à la Coupe du monde en 2018 et 2020. Et si 2022 était la bonne !!?

Dès les premières heures de l’élection du nouveau président de la fédération, vous avez été reçu par le président. Quel était le centre de votre échange ?

Yannick Aubyang : Oui, nous avons eu l’honneur d’être reçu par le président Sylvain Florentin Pango Mbembo et le reste de son bureau fédéral avant que je ne quitte le territoire national. J’étais accompagné par le capitaine adjoint Rufin Essono. Et nous sommes un peu déjà habitués à ces changements de notre classe dirigeante (avec les présidents Mme Assele, Mr Remanda, Mr Makilat...) que nous avons vu défiler. Mais je peux vous dire que le président est ouvert à la discussion et n’est pas un homme fermé. Il m’a fait bonne impression. C’est une bonne chose, car on a besoin de rassembler tous les fils et filles du handball pour reprendre notre chemin vers le développement et l’épanouissement de notre discipline.

Je sais qu’il lui faudra tant de choses, dont du courage, de l’abnégation, se mettre au-dessus du lot, des clivages et autres qui viendront tirer vers le bas la discipline, s’il veut sortir la petite balle des sentiers battus et de la situation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. Grosso modo, il nous a tendu la perche. Nous l’avons beaucoup écouté le petit groupe de la tanière pour la circonstance et moi. Le fédéral nous a présenté le projet qui l’a porté à la présidence de la Fégahand et surtout celui qu’il souhaite pour la sélection nationale, vitrine de la fédération et de la nation.

En retour, nous avons bien compris qu’il souhaitait connaitre l’état d’esprit dans lequel était les joueurs internationaux (professionnels, binationaux et locaux) suite au développement de l’actualité du handball au Gabon. Savoir comment les choses s’étaient passées en interne en équipe nationale lors des précédentes sélections, etc. Certainement pour poser les jalons de la future organisation de l’équipe nationale pour les prochaines compétitions.

Ce que nous avons bien sûr fait. En laissant même sur les tables de la fédération un mémorandum de ce qui avait été bien fait et ce qu’il fallait améliorer ou changer pour la bonne marche de la future sélection nationale au vu de notre petite expérience de plus de 15 ans au sein de la tanière.

Sur un tout autre plan, les sports en général sont interdits au Gabon et le handball n’est en reste. Quel est votre ressenti, si on peut vous considérer comme le porte-parole des handballeurs ?

Yannick Aubyang : Honnêtement, cette situation m’émeut considérablement. Surtout qu’ici à Dubaï, on n’a presque jamais arrêté l’activité. Juste les trois premiers mois du début de la crise mondiale et depuis, on a repris tranquillement l’activité avec le protocole sanitaire que plusieurs autres nations utilisent pour continuer la pratique du sport en temps de Covid-19. Malheureusement, nous sommes toujours en confinement au Gabon et les mesures restrictives sont toujours d’actualité. En tant que citoyen, nous ne pouvons que respecter cet état de fait et espérer que les activités reprennent rapidement.

Je suis vraiment désolé et un peu triste pour mes frères handballeurs et sportifs en général. Loin de ma terre natale ou au cours de mes vacances au pays, j’entends leurs détresses. Difficile pour eux de comprendre que nos frères voisins au Cameroun ont repris avec l’activité, mais nous rien. C’est vraiment dur ! Imaginez comment ils (joueurs, encadreurs et administratifs) vivent si leurs revenus ne dépendaient que de la pratique du sport. Font-ils vivre ceux (joueurs, encadreurs et administration) qui ne vivent que du sport ? Surtout quand on sait qu’ils n’ont pas eu droit à des mesures d’accompagnement.

Aujourd’hui, seuls les footballeurs montent au créneau par l’entremise de leurs associations, avez-vous une tribune de concertation des sportifs pour mieux pris en compte soit par la fédération ou la tutelle ?

Yannick Aubyang : J’avais compris qu’avec les événements récents au football, vous feriez une parallèle. D’abord, j’ai envie de dire qu’on n’est pas tous logé à la même enseigne au départ, ce qui rend difficile le fait que nous puissions avoir une synergie dans nos actions par rapport à la situation que traverse le sport dans sa globalité.

Qu’à cela ne tienne, autant, c’est vrai nous n’avons pas de tribune de concertation des sportifs dans nos disciplines, mais on n’a pas attendu que le football monte au créneau comme vous dites pour tirer la sonnette d’alarme sur notre politique sportive. Pour preuve avant même l’avènement de la Covid-19, nous éprouvions déjà tout le mal du monde et des soucis de faire jouer continuellement nos compétitions locales.

Mais c’est bien que le football, le sport roi et qui bénéficie le plus des financements étatiques à la lumière de l’arrêt des compétitions se mettent devant pour que la reprise des activités sportives soit effective.

La Frap, projet du président Sylvain Pangou prévoit la révision des textes. Pour vous contextualiser, à quand l’association des handballeurs du Gabon ?

Yannick Aubyang : Soyez encore un peu patient, mais encore faut-il que les activités redémarrent à notre niveau. C’est le plus important à l’heure actuelle. Le reste n’est que subsidiaire. Et quand je parle d’activités, j’entends par là les championnats semi-pro messieurs et dames de la Ligue nationale élite et professionnelle de handball (Lineph) du président également nouvellement élu Merfunt Kassa Kombila et les joutes nationales gérées par la Fédération gabonaise de handball (Fégahand). Car vous conviendrez avec moi qu’il est difficile de parler d’association des handballeurs sans au préalable retrouver ces compétitions qui sont importantes d’abord pour structurer et surtout d’affiner leurs organisations.

Pour revenir sur l’association des handballeurs, je me rappelle au temps où les championnats semi-pro étaient effectifs, nous avons déjà évoqué ce sujet entre pratiquants notamment avec Rufin Essono, Zappala Bouddho un vrai leader en son temps. Mais aussi avec un ancien dirigeant de la Lineph devenu vice-président de la fédération à ce jour.

Si le projet est en réflexion, quelle est votre marge d’implication ?

Yannick Aubyang : Comme vous le savez, à chaque fois que le pays, le handball ou les handballeurs nous sollicitent, nous répondons toujours présent. Et notre implication sera toujours entière surtout quand ça fait avancer la cause du plus grand nombre ou des handballeurs.

Vous avoir et ne parlez pas de vous et vos activités serait une grande erreur, Alors qu’elle est votre actualité sportive ?

Yannick Aubyang : À titre personnel, comme je le disais plus haut, j’ai repris depuis mi-août ma saison dans mon championnat et club d’Al Wasl de Dubaï. J’engage ma 3e année à UAE League (championnat des Émirats arabes unis) où nous approchons la fin de la première phase du championnat et occupons la 5e place dans le classement provisoire. Nous sommes proche d’un de nos objectifs d’être parmi le trio ou quatuor de tête à la fin de la saison.

Votre association AYA est-elle essoufflée, on ne voit plus l’action ?

Yannick Aubyang : Quant à mon Association Yannick Aubyang (AYA HB), nous accompagnons la jeunesse sportive désirant pratiquer la petite balle au Gabon, faisons la promotion notre discipline dans les quatre coins du pays au travers de nos camps et stages de vacances. Nous avons effectivement arrêté les activités sur le terrain depuis l’arrêté ministériel. Mais nous ne sommes pas pour autant essoufflés.

Au contraire, nous avons beaucoup de projets et au forceps de cet arrêt indépendamment de notre volonté, nous travaillons en off. Comme vous le savez en cette période Covid-19, tout rassemblement de personnes encore plus aux jeunes est sensible et complexe. Nous avons une épée de Damoclès avec l’arrêté ministériel. Nous travaillons là aussi pour relancer nos activités dès la levée de l’arrêté du Premier ministre. En passant, je salue mon équipe dirigeante qui se bat sans budget pour réaliser toutes ses actions.

À nouveau, pouvez-vous présenter sportivement et civilement à ce qui vous ne connaisse pas !!!

Yannick Aubyang : Je vous l’aurai laissé volontiers cette présentation (rire), car vous êtes un fin connaisseur en matière de handball. Ben écoutez, moi, c’est Yannick Aubyang, capitaine de l’équipe nationale de handball et professionnel depuis une quinzaine années (14 exactement) où j’ai évolué en Égypte (Zamalek), en Tunisie (As Hammamet/Sfax...), au Maroc (Asc Casablanca) et maintenant aux Emirats Arabe Unis (Al Jazira et Al Wasl).

Formé trois ans par le programme Sport-études de la Fédération gabonaise de handball (2001-2004) du temps de madame Nicole Assele, j’ai poursuivi mes classes de joueur senior avec le Centre Mbéri Sportif Handball (2004-2007) du président Alaba Fall, un grand monsieur de notre sport que je salue au passage.

Civilement fils d’Obiang Théodore et de madame Obiang née Mengue Thamar, je suis issu d’une famille nombreuse et sportive de 11 enfants maintenant 10 avec le décès brutal cet été de ma sœur aînée, le Dr Obono Ghislaine, paix à son âme. J’ai mes deux frères cadets internationaux eux aussi (Vitali et Yorick Aubyang) et ma sœur aînée Michelle Valérie ancienne internationale gabonaise et actuellement arbitre continentale.

J’ai fait mon cursus scolaire et universitaire entre Port-Gentil et Libreville où j’ai eu mon baccalauréat série D au lycée national Léon Mba du temps du proviseur Janvier Nguema Mboumba. Ensuite à l’Institut national des sciences de gestion (INSG) où j’ai obtenu ma licence professionnelle en assurance et terminant mon cursus académique par un master 2 en management financier à IHEES Maroc (Institut des hautes études économiques et sociales).

Et sur le volet associatif, depuis 2015, avec mon équipe nous avons créé l’Association Yannick Aubyang (AYA HB) dont je suis le président pour promouvoir le handball, l’initiation des jeunes à la pratique handball et l’accompagnement de la jeunesse au travers de nos activités sportives (camps et stages de vacances).

Pensez-vous déjà à votre reconversion ? Encore combien d’années en activités ?

Yannick Aubyang : Bien sûr qu’on pense dans un coin de sa tête, quand on a une trentaine d’années. On ne regarde plus sa carrière vers le début, mais plus vers la fin. Mais j’ai toujours tendance à dire à mes jeunes frères qui sont pressés de nous envoyer en retraite que j’espère jouer jusqu’à 40 ans tant que je n’ai pas réalisé mes objectifs sportifs atteignables (rires). Et ce n’est pas pour rien que je fais attention à mon hygiène de vie. Plus sérieusement, c’est difficile de vous donner une date précise de l’arrêt de ma carrière. Par contre quand je sentirais que mon corps n’en peut plus, que je n’apporte plus « le plus » et n’aide plus mes équipes sur les terrains... je vous assure, je ne ferai pas la compétition de trop ou le contrat de trop.

Avez-vous quelque chose qui vous tient à cœur que nous n’avons pas évoqué ?

Yannick Aubyang : J’ai d’autres choses qui me tiennent à cœur, mais que je garderai pour moi, car l’essentiel ici a été dit celui de voir le Gabon terre sportive, pays avec une histoire en handball demeurer dans le top 10 des nations africaines. Après tout ceci, passe bien entendu par la reprise rapidement des activités sportives au pays. Pour atteindre nos objectifs et nos rêves, c’est en travaillant tous ensemble, unis avec une véritable politique sportive appliquée pour tous que nous allons y arriver.

Merci capitaine de nous avoir accordé de votre temps et bonne chance pour la CAN. Nous croisons les doigts.

Yannick Aubyang : Déjà vous dire merci et je savais que cette interview, le premier avec votre média aura une particularité parce que vous êtes un passionné et avez été joueur. Nous avons touché tous les points et aspects sensibles inhérent au handball, à ma carrière et à ma personne c’est largement suffisant. Encore une fois de plus merci à nous revoir à Libreville dans quelques jours.

Propos recueillis par Daniel Dematsatsa

La rédaction de Sport241