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Pourquoi sacrifier l’enseignement primaire pour sauver l’enseignement secondaire au Gabon ?

Pourquoi sacrifier l’enseignement primaire pour sauver l’enseignement secondaire au Gabon ? © 2020 D.R./GabonSoir

Depuis quelques temps, le ministère de l’éducation nationale semble aisé à prendre certaines mesures qui pénalisent l’enseignement primaire au bénéfice de l’enseignement secondaire. Au nombre de celles-ci, retenons en deux. La première est celle qui a consisté à la transformation des écoles primaires en établissements secondaires. La seconde est celle qui se mijote actuellement et qui, elle, consiste à ravir l’enseignement primaire de ses enseignants afin de résoudre la problématique de l’insuffisance du personnel enseignant qui se pose au cycle secondaire.

Au regard de cet état de faits, on peut bien se demander quel est le bien-fondé desdites mesures. A qui profitent-elles ? Si l’on considère que toutes politiques éducatives visent une bonne formation de la jeunesse, on peut aisément concéder le fait que tout acte émanant des autorités chargées de la mise en œuvre de ces politiques soit de nature à atteindre cet objectif. Or, à bien y regarder de près, il semble assez difficile d’affirmer que les mesures que j’évoque ici s’inscrivent dans cette logique.

Pour ce qui est de la première mesure, la transformation des écoles primaires en établissements scolaires a engendré des conséquences à deux niveaux. D’abord, elle a impacté directement les élèves régulièrement inscrits dans les établissements recyclés. En effet, après le recyclage, ces derniers n’ont pas bénéficié d’une réorientation dans aucune autre structure. A ce jour, aucune statistique relative au suivi scolaire de cette frange d’élèves n’est disponible. A ce niveau nous avons tout simplement assisté à une déscolarisation de la jeunesse gabonaise par le ministre de l’éducation nationale au mépris franc de sa mission de l’obligation de scolarisation de tout enfant gabonais.

La deuxième conséquence a, quant à elle, à fini par impacter tout le système. Car, au moment où cette mesure est prise, le secteur primaire est plus que jamais mis à mal à cause du manque de structures d’accueil et par ricochet, les effectifs pléthoriques. La mesure a eu pour effet l’aggravation du malaise par la diminution des salles de classe et l’augmentation du phénomène des effectifs pléthoriques. In fine, la qualité de l’enseignement qui était déjà déplorée par l’opinion à continué à se dégrader. A ce niveau, le ministre de l’éducation nationale aura participé à la production d’une école au rabais. Il aura ramé à contre courant des objectifs poursuivis par les politiques éducatives définies par notre pays.

En ce qui concerne la deuxième mesure, il s’agit de prendre ex nihilo les enseignants du primaire titulaires des baccalauréats littéraires et scientifiques afin de les redéployer dans le secteur secondaire sans prévoir leur remplacement ou un équilibrage dans la gestion des enseignements au sein des établissements qui seront impactés. Cette mesure n’est pas de nature à échapper aux conséquences déjà évoquées. L’enseignement primaire, tout autant que l’enseignement secondaire, souffre du manque de personnel enseignant chargé de cours. Retirer dans ce cycle reviendrait à diminuer cet effectif déjà très insuffisant. De ce fait, la mesure ne ferait que renforcer le déficit qui le gangrène actuellement et partant le processus de renforcement d’une éducation au rabais.

Comment vouloir une chose et son contraire ?

Nous venons de voir monsieur le ministre de l’éducation nationale déployer une opération de lutte contre les recrutements anarchiques. Pour moi, le ministre donnait la preuve de sa préoccupation visant à redorer le blason de l’école gabonaise dès lors que ladite opération avait pour but de faire en sorte que chaque élève gabonais mérite le niveau intellectuel de la classe qu’il fréquente, ce qui, pour moi est une bonne chose, c’est même une très bonne chose. Mais dès qu’on est dans un tel engagement, on ne peut plus se permettre des mesures à produire des effets contraires.

En d’autres Termes, adopter une posture de rehaussement du niveau d’enseignement et prendre des mesures qui feront sombrer cette attitude est tout simplement incompréhensible. Il est encore plus incompréhensible cette démarche qui consiste à sauver le cycle secondaire en lapidant le cycle de base. En fait, au delà même du caractère incomparable de ces mesures, un non-sens se fait clairement émergent. Comment comprendre qu’il devienne nécessaire de faire des coupes sombres au secteur primaire qui constitue l’enseignement de base pour enrichir le secteur secondaire qui, lui, n’est que le cycle des approfondissements ? Où est donc le sens ?

Je pense personnellement que lorsqu’on arrive à ce stade, c’est qu’on a atteint le fond et on se fourvoie. Dès cet instant, il faut arrête de patauger dans la boue. A contrario, il faut qu’on se relève. A cet effet, j’invente le gouvernement à faire preuve de courage en prenant malgré tout des décisions susceptibles de sortir durablement notre système éducatif de cette situation. Dans ce sens, je lui fait les deux propositions suivantes :

  • Afin d’éviter de dégrader davantage et continuellement notre système éducatif à travers des mesures qui visent à parer seulement l’instant avec le risque d’encourir des conséquences néfastes à long terme, je propose au gouvernement de procéder à un recrutement spécial des enseignants du secondaire à l’instar du recrutement des enseignants du primaire baptisé promotion 1200 que notre pays a effectué dans les années antérieures. C’est une urgence, c’est un impératif qui devrait permettre de maintenir ou du moins à rehausser notre niveau d’enseignement sans causer préjudice à un quelconque secteur. C’est aussi un impératif qui devrait nous booster à s’armer du sens de la détermination quitte à réorienter les options budgétaires actuelles. Une loi de finances rectificative vaudrait le coût.
  • Si les ministres de l’éducation nationale viennent à prendre toutes ces décisions qui divisent tant l’opinion, il faut bien le reconnaître, c’est à cause de l’état actuel des infrastructures dont notre système éducatif dispose. Et cela est la résultante soit du non investissement, soit d’un très faible investissement. Pour ne plus tomber dans les mêmes travers, l’État doit sans plus attendre entreprendre des travaux d’Hercule.

En ce sens, je suggère au gouvernement d’engager un vaste projet de construction d’établissements qui tiennent compte de tous les cycles d’enseignement. Ce projet doit éviter l’option du petit trot qui est parfois à l’origine du non aboutissement des projets. En revanche, il gagnerait à être exécuté simultanément dans tout le territoire national. Pour ce projet, le gouvernement pourrait se tourner vers les bailleurs de fonds pour obtenir des financements nécessaires.

Paul Max NGUEMA ENGOZOGHE, Inspecteur Pédagogique du Premier Degré.

Auteur : Rédaction GabonSoir


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